L’hiver et le printemps viennent se percuter alors que chacun croit que les belles et douces journées préludes à l’été sont définitivement arrivées. C’est sans compter sur les retours de la froidure qui peuvent survenir pendant toute la première quinzaine de mai.

Les épais nuages et leur cortège de pluies ont ramené sur les Pyrénées une abondante couverture neigeuse. Le vent a dû façonner sur les crêtes de belles corniches surplombantes et recouvrir de nombreuses pentes de plaques à vent ne demandant qu’un trait de skis ou de randonneurs à raquettes pour se déchirer. Dans ces conditions, le plus prudent est de choisir une zone où un simple « saupoudrage » aura décoré les sous bois sans qu’une trop grande épaisseur de neige vienne gêner notre marche.

Ce sont ces considérations qui nous amènent à choisir les crêtes entre la vallée du gave de Larrau et celui de Sainte Engrâce pour but de notre balade du vendredi. Une balade où, pensons-nous, les raquettes seront sans aucun doute inutiles. Nous aurions pu mieux penser !

Sur la route qui depuis Tardets conduit à Larrau, dépasser le carrefour situé à la naissance du Saison, fruit de la liaison des gaves de Larrau et de Ste Engrâce. Deux kilomètres environ après cette jonction, passer le petit pont qui traverse le gave et s’engager sur la route longue et étroite conduisant au pylône dressé sur le sommet d’Otchogorria : le loup rouge.

Nous laissons les voitures à 900 mètres d’altitude, la route glissante nous interdisant de monter plus haut. Sur une butte entièrement couverte de neige quatre chevaux grattent le sol de leurs sabots, à la recherche d’un peu d’herbe. Le pic d’Ohry a pris des allures de sommet alpin. Tous les sommets qui dominent vers le sud sont complètement couverts de neige que le vent a plaquée contre les parois. Au-dessous de 900 mètres, la neige disparaît totalement, le vert tendre de l’herbe naissante et des jeunes feuilles des hêtres contraste de façon inhabituelle avec le blanc immaculé surgi d’un hiver disparu.

Nous commençons notre balade en suivant sur deux ou trois cents mètres la route du relai, puis prenons à gauche la large piste non goudronnée qui, par le col des trois croix, permet de rejoindre Ste Engrâce.

Des trois croix, nous n’apercevons que le sommet qui dépasse d’une épaisse couche neigeuse. Nous n’avons pas été bien inspirés en ne prenant pas les raquettes. Pour rejoindre le sommet d’Otchogorria, nous devrons tracer dans une neige qui ne porte qu’en de rares endroits. Si la balade nous réserve de belles émotions esthétiques, elle nous promet un intense effort. Plutôt sportif !

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Au col des trois croix s’engager à gauche (S-0) et remonter la large clairière qui va en se rétrécissant puis appuyer à gauche dans le bois pour atteindre la crête arrondie d’où on découvre un vaste panorama qui, se déroule du massif d’Arette aux lointains sommets basques au delà du col d’Osquich. Vers le Nord, c’est l’immensité de la plaine aquitaine. La crête, où nous enfonçons parfois jusqu’aux genoux, passe par les pointes Zenhiaguia et Negumendi avant d’arriver à un col aux ondulations adoucies par le manteau neigeux. On y devine le passage de la route abandonnée peu après notre départ. Il nous suffit de la suivre, toujours ahanant pour atteindre la sculpture de glace qui commence à se défaire au sommet d’Otchogorria.

Petite pause repas au soleil et à l’abri du vent qui vient d’Espagne. Nous ne nous attardons cependant pas car le ciel noircit derrière Ohry et des barbules nuageuses plus claires font augurer un proche changement de temps. Toujours traçant profondément, nous revenons vers les voitures en suivant ce que nous devinons de la route. Une pente moins raide nous permet de couper trois lacets et de rejoindre la chaussée où un tracteur récemment passé nous facilite grandement la fin du retour.

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Pendant toute la journée, nous n’avons rencontré personne mais il y a quatre nouvelles voitures stationnées à côté des nôtres. Une d’entre elles est celle d’une bergère à la recherche de ses brebis qui, émoustillées par les beaux jours de la fin avril se sont échappées vers les pâturages de montagne. Où se sont-elles réfugiées pour se protéger de la neige tardive ? Nous ne pouvons que lui dire que nous ne les avons pas rencontrées. Les chevaux, sagement restés dans leur pré, ont cessé de gratter le sol et vont de plaque en plaque brouter l’herbe que la douceur de mai a commencé à bien dégager.

Bientôt les premières gouttes commencent à tomber, et nous incitent au retour. Un vautour, perché sur les branches d’un arbre mort nous observe. Dans le minibus, les appareils de photo sont sortis. Nous approchons le plus lentement possible, moteur coupé. Il y a une distance de sécurité en deçà de laquelle le grand rapace déploie ses longues ailes et plonge vers le fond de la vallée où nous le voyons disparaître.

Vendredi 7 mai 2010.
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